Une campagne d'images - pas à mon image.
En fait, nous voilà à moins de deux semaines du jour de vote et je crains que les choses pourraient aller mieux. Mieux, dans le sens que plusieurs partis politiques n'ont vraiment rien à offrir à la population; mieux, car la communauté médiatique fait preuve d'une couverture mais oh trop souvent empreinte soit de partis pris (ce qui est permis) d'une gratuité abusive (ce qui est moins tolérable), et de médiocrité quant à la profondeur des analyses et de la qualité de la couverture de l'ensemble des candidats et des idées mis de l'avant par les partis. Mieux, car à aucun autre moment de l'histoire de l'humanité étions-nous tellement à l'affut, collectivement, des données nous indiquant à quel point l'environnement mérite une préoccupation substantielle de nos décideurs mais que face à ces données, soit on nous oppose des lieux communs faisant office de laxisme et de paresse institutionnelle, soit qu'on manque d'audace quant aux solutions à livrer, soit, pire encore, qu'on renie même qu'il existe un problème, ce qui est le cas du parti Conservateur...
Mais je m'attarderai en ce moment à aborder le menace que pose la stérilisation de notre sens critique par la manipulation médiatique de l'opinion publique par le biais d'une campagne de désinformation négative, crasse, utilitariste et machiavellique menée par le parti Conservateur du Canada, qui défie le bon sens et qui saborde notre marge de manoeuvre fonctionnelle et intellectuelle en tant que membres électeurs et électrices au sein d'une société démocratique.
D'abord, ma critique n'est pas motivée purement par desseins partisans. En effet, je me réjouis de connaître des gens avec qui je peux me livrer à coeur joie à de telles discussions et avec qui celles-ci ne dégénèrent pas nécessairement dans le simplisme partisan. C'est pour cela que je compte des amis autant du côté souverainiste que fédéraliste, conservateur que libéral.
Cela dit, il importe de mettre les pendules à l'heure et de déplorer l'état actuel des choses. La campagne conservatrice de M. Harper, cautionnée en grande partie par l'opposition relativement inexistante livrée par la communauté médiatique, abuse le sens critique des canadiens et participe à renforcer le désenchantement généralisé de la population face à l'importance de participer à la res publica, notre appareil politique qui, le rappelons-nous, doit être à notre image et doit servir de levier à l'atteinte de nos aspirations de société.
Du côté de M. Dion, je vois très sincèrement un homme qui, malgré ses forces et ses faiblesses, tente de bonne foi à prôner une politique qui vise (à mon avis) le bien-être de la population canadienne. Bien qu'il attaque - légitimement, en contexte électoral - le parti conservateur et ses autres adversaires, à aucun moment n'a-t-il dénigré l'image ou la personnalité de M. Harper.
C'est alors qu'un constat flagrant émerge: cette campagne jusqu'ici, soit par la faute des partis, soit par l'action ou l'inaction des médias (plus ou moins de leur gré, je crains), se limite à un concours de cours d'école, résumant la validité des partis politiques à un concours de popularité. Disons que je n'avais jamais apprécié de tels concours lorsque j'étais en 6e année et ce n'est pas aujourd'hui que je me mettrai, en tant qu'adulte moindrement éduqué, à apprécier ou à m'adonner à de telles charades lorsque tellement d'enjeux d'importance capitale pour les canadiens se tiennent dans la balance. Les libéraux et le NPD ont une plateforme, les conservateurs n'en ont toujours pas une et malgré cela, la tendance "populaire" semble reposer sur des affirmations plus ou moins gratuites de la part de M. Harper et compagnie quant à la viabilité des promesses libérales, sans pour autant que ce dernier ait offert des preuves substantielles pour appuyer ses propos et encore moins une solution de rechange qui ait de l'allure. C'est triste de constater à quel point la qualité du discours public s'est effrité depuis tellement peu de temps. Qu'en est-il de notre sens critique collectif? Qui pense alors à long terme? Avions nous une stratégie pour le Canada qui consiste en quelque chose de plus que d'attaquer un adversaire "facile", à cibler des groupes minoritaires et de mener une campagne populiste de "la foule contre le faible", "l'argent contre la culture", "la justice contre les jeunes" et "un vote pour eux, c'est un vote pour une taxation à outrance, voire sur tout".
Ma critique ici présentée est doublement virulente, d'où la mise en garde vigoureuse de ma part, car j'ai déjà tout vu cela sous Mike Harris en Ontario il y a une décennie de cela. J'ai subi les dommages collatéraux de cette lutte intestine contre le fonctionnariat, contre les professeurs, contre les étudiants et contre les infirmières.
L'Ontario s'est mis cinq ans à s'en remettre et certaines familles (notamment à Walkerton) ne s'en remettront jamais complètement. C'est à ce moment que je m'étais promis que je ne pourrai jamais demeurer passif à l'endroit d'une telle prise d'otage de l'État. Un gouvernement ne doit jamais attaquer ou laisser se faire attaquer ses citoyens, surtout pas les plus faibles, pour assouvir sa croisade électoraliste. Un gouvernement édifie la nation, sans dénigrer ou répudier les assises constitutionnelles et sociales sur laquelle elle repose et qui garantissent à ses citoyens un accès égal aux léviers de l'épanouissement. Le gouvernement encourage le foisonnement de la culture; il ne mêne pas de batailles démagogues, fustigeant les artistes en brandissant des perceptions non-fondées. Le governement doit préparer avant tout le pays de ses enfants; ce n'est pas à lui d'hypothéquer notre patrimoine naturel et social afin de prodiguer de crasses dividendes à des intérêts particuliers et immédiats.
J'ai admiré MM. Pearson, Trudeau, Broadbent et Clark car leurs politiques furent toujours et avant tout empreintes d'une préoccupation première pour le bien-être de la population et alimentées d'une passion presque toujours sincère. Optimiste que je suis, je m'interdis de me résigner au sort que nous semble préparer la trame actuelle des choses. Je redouble de vigueur et j'encourage tous et toutes que je rencontre d'aller voter. S'il y a une chose qui m'avait marquée, c'est de voir, à la télévision en 1991, les files d'attente en Afrique du Sud, composée en large partie de vieilles femmes noires qui, pour la première fois de leur vie, pouvaient participer à plein titre aux élections nationales. On parlait ici de files pouvant durer jusqu'à deux jours de suite. Ici et aujourd'hui, j'imagine difficilement une personne attendre plus que vingt minutes pour déposer son ballot. Ne prenons jamais pour acquis notre vote et, par extension de cela, notre capacité phénoménale et non négligeable de changer les choses.



